Histoires d’impacts
La plupart sont microscopiques et se vaporisent dans les couches denses de l’atmosphère. Les fragments qui ont résisté à la friction atmosphérique sont d’ordinaires des "poids lourds", reliquats de roches mesurant à l’origine quelques centimètres à plusieurs dizaines de mètres de diamètre et pesant jusqu’à plusieurs centaines de tonnes. Bien sûr de telles chutes de météorites sont très rares, et c’est heureux pour l’espèce humaine. A l’autre bout de l’échelle chaque jour qui passe voit quelques microparticules recouvrir la surface terrestre. On estime qu’annuellement cela représente une masse d’environ 20000 tonnes de débris cosmiques.
Les seules traces visibles de cette poussière interplanétaire sont la fameuse lumière zodiacale et le gegensheim. Cette poussière météoritique dispersée tout au long de l’orbite terrestre influence le grand axe de son orbite. En l’espace de quelques millénaires elle diminue sa longueur et finit par modifier la durée de l’année.
Depuis la naissance de notre planète, on a estimé que les météorites se sont accumulés sur 3 mètres d’épaisseur, enrichissant la terre de silicates et de métaux. Pensez que lorsque vous retournerez la terre, vous soulèverez aussi un peu de poussière cosmique...
1 ) La lumière zodiacale. Document David Malin, Anglo-Australian Obs.
2 ) Entrée atmosphérique de la future météorite de Peekskill qui tomba le 9 octobre 1992 près de New-York.
Quel est l’intérêt d’étudier les impacts terrestres ? Jusqu’à l’avènement de la conquête spatiale, les cratères ou astroblèmes terrestres n’étaient qu’une curiosité géologique sans grand intérêt scientifique. Mais suite à l’exploration planétaire par une armada de sondes spatiales les scientifiques se sont rendus compte que toutes les planètes et tous les satellites étaient criblés de cratères d’impacts et que la Lune, surtout sa face cachée, n’avait pas échappée à ce bombardement.
Après analyse il s’est avéré qu’entre 4.6 et 3.9 milliards d’années d’ici le système solaire en gestation était grosso modo un immense disque de gaz et de poussières en rotation composé de planétésimaux et de petits corps qui n’avaient de cesse de se lier à de plus gros par l’effet de la gravitation. Cette phase d’accrétion se produisit dans le dernier stade de l’évolution du système protosolaire (voir genèse du système solaire).
A cette époque, au hasard des rencontres, on pense qu’un astre de la taille de Mars est entré en collision avec la jeune Gaïa, la future Terre porteuse de l’Humanité. De leur union serait né la Lune. Ca c’est la version poétique. En fait l’impact fut si violent qu’il a vraisemblablement projeté dans l’espace une quantité colossale de matériaux vaporisés qui, graduellement, se sont condensés, accrétés et cristallisés pour former notre satellite. Tous les relevés isotopiques ainsi que l’abondance des éléments trouvés sur la Lune confirment que sa constitution est identique à celle de la Terre. Elle fut cependant trop petite pour conserver son atmosphère et mourut précocement par arrêt cardiaque. Aujourd’hui ses seules vibrations sont celles provoquées par les impacts météoritiques sur sa surface couverte de débris cosmiques. Mais revenons sur Terre.
Bassins d’impacts extraterrestres
3 ) Caloris sur Mercure : 700 km de diamètre. Document NASA/Mariner10
4 ) Aitkin sur la face cachée de la Lune : 2000 km de diamètre. Document Clémentine.
5 ) Valhalla sur le satellite Callisto de Jupiter : 600 km de diamètre avec des remparts concentriques qui s’étendent dans un rayon de 1400 km. Document NASA/Voyager 1.
On pense également que les impacts ont contribué à la formation de notre atmosphère en provoquant le dégazage de la croûte terrestre tout en constituant des réserves de matière volatile (gaz).
D’un autre côté, ces événements ont eu d’importantes retombées économiques. Les météorites ont contribué à former des gisements de minerais (Cuivre, Nickel) un peu partout sur Terre qui, aujourd’hui font la richesse de l’Afrique du Sud ou de certaines régions du Canada, de Russie ou d’Australie. Demain nous ferons de même avec le sous-sol lunaire et celui des astéroïdes. Les cratères d’impacts quant à eux ont permis aux organismes morts de constituer des réserves fossiles de pétrole ou de gaz.
Enfin, des indices indiquent qu’au moins un événement d’origine cosmique marqua l’extinction des dinosaures voici 65 millions d’années. Tout porte à croire qu’un impact météoritique majeur en est à l’origine.
Sachant par ailleurs que de petits astéroïdes et des comètes circulent régulièrement à quelques centaines de milliers de kilomètres de la Terre (les NEO), il y a tout lieu de s’y intéresser de prêt pour éviter d’être prochainement classer parmi les espèces disparues, quoique d’autres causes plus proches de notre quotidien peuvent produire le même résultat...
Morphologie des cratères
La meilleure image que l’on puisse donner d’un cratère est d’observer la Lune sur laquelle les effets de l’érosion comme nous la connaissons (vent, eau, tectonique, etc) n’existe pas. Qu’observons-nous ?
Cratères d’impacts lunaires
La structure la plus simple est une dépression en forme de bol. La sélénologue Winifred S. Cameron, spécialiste lunaire auprès de la NASA définit un cratère comme étant "une dépression quasi circulaire dans la surface, entourée de remparts élevés. Vis-à-vis du niveau moyen de référence, le fond du cratère se trouve sous le niveau 0. Les cratères peuvent avoir une forme conique, circulaire, présenter des parois très peu élevées ou un fond plat, avoir un pic ou un cratère central. Leur taille varie de quelques millimètres à 300 km. Les remparts peuvent présenter des parois douces ou des terrasses, cette dernière étant largement représentée parmi les grands cratères (diamètre supérieur à 25 km)."
A mesure que la taille du cratère augmente, le pic central unique est remplacé par un ou plusieurs anneaux de pics formant localement de véritables chaînes de montagnes. Elles sont constituées de débris (brèches) et de matière fondues sous l’impact. On parle alors de "bassin d’impact".
(voir le dossier ([ LUNE ] Les mystères ? -Part.02) pour plus d’infos lunaire.)
XF 11 le sursis...
En Décembre 1997, l’astronome Eleanor HELIN émit l’idée que l’astéroïde à peine découvert par une équipe de l’Université d’Arizona allait probablement se cracher sur notre bonne vieille planète.
Une autre équipe entreprit alors de recalculer la trajectoire de 1997 XF 11 (puisque c’est son nom), et en a déduit que celui-ci passerai à environ à 750 000 kilomètres de la Terre, en 2028 (autrement dit, deux et quelques fois plus loin que la Lune).
Il faut tout de même garder à l’esprit que ce n’est pas le seul objet susceptible de heurter la Terre (loin de là !), mais XF 11 est de taille à perturber fortement notre civilisation, d’où l’intérêt de connaître sa trajectoire avec précision.
Où en sommes-nous donc maintenant. 88 jours après, c’est à dire début Mars 1998, Peter Shelus recalcula cette trajectoire à l’aide d’autres observations. Entre temps, l’astéroïde s’est suffisamment déplacé pour permettre un calcul plus précis. Le résultat est encore plus inquiétant que le précèdent puisqu’il prévoit que XF 11 passe à 39 000 Km de nous (un satellite de télécommunication est en comparaison à une distance de 42 000 km du centre de la Terre). L’impact aurait alors lieu le 26 Octobre 2028.
Pourquoi parle-t-on d’impact alors que l’astéroïde ne touche pas la Terre (il l’a manque de 39 000 Km) ? C’est la gravitation qui en est la cause,
XF 11 va en effet être très perturbé par ce "passage bas", et il est inévitable (la Terre étant bien plus massive que XF 11) que cette perturbation l’entraîne sur une orbite elliptique autour de la Terre, une orbite dont le périgée est sous le manteau terrestre... d’où l’impact. Un satellite géostationnaire subit la même perturbation (à un coefficient près), mais la grande différence est que sa vitesse a été calculée pour que son orbite soit stable.
Que convient-il alors de faire ? Paniquer ? Non, car avoir calculé la trajectoire de ce bolide a permis de savoir qu’il est déjà passé en 1990. Et c’est là qu’Hélin revient sur le devant de la scène. L’équipe du NEAT (Near Earth Asteroid Tracking), dont elle fait partie, a en effet effectuée une surveillance d’astéroïdes de 1973 à 1995. Elle fut donc en mesure avec son équipe de calculer la trajectoire avec une précision maximale (plus de dix ans entre les deux temps de référence par rapport aux 88 jours précédents).
L’astéroïde nous manque de neuf cents mille kilomètres, (3 fois la distance Terre-Lune). Ce qui est suffisant pour nous donner un petit sursis, ...jusqu’au prochain astéroïde que l’on découvrira (ou pas) !
Updates/Mises à jours !
Gigantesque météorite "60 Tonnes env. tombée en Sibérie"
- La chute d’une météorite géante dans la région d’Irkoutsk (Sibérie) en septembre dernier a ravagé quelques 100 kilomètres carrés de taïga avec une explosion équivalente à celle d’une bombe atomique de moyenne puissance, selon le chef d’une expédition scientifique.
Ce n’est qu’au mois de mai dernier qu’une expédition d’une dizaine de personnes comprenant des scientifiques et des médecins a pu localiser et atteindre l’épicentre de la zone ravagée, située dans une région semi-montagneuse et boisée, extrêmement reculée, dans la région de Vitimsk et Bodaïbo au nord-est d’Irkoutsk et du lac Baïkal, a déclaré le chef de l’expédition Vadim Tchernobrov lors d’une conférence de presse.
Les dégâts sont considérables sur une région d’environ 100 km2
"Sur une superficie d’environ 100 kilomètres carrés, les arbres sont cassés d’une manière caractéristique d’effets de souffle très puissants", a raconté M. Tchernobrov.
- "Pour donner un ordre d’idée, l’explosion de la météorite, qui s’est désintégrée avant de toucher le sol, et dont les fragments n’ont laissé pour cette raison, selon nos observations, qu’une vingtaine de cratères ayant jusqu’à vingt mètres de diamètre, équivalait à la puissance d’une bombe atomique de taille moyenne", a ajouté le scientifique.
- Une vidéo présentée à la presse et tournée lors de l’expédition, a montré des étendues de troncs brisés à mi-hauteur et souvent brûlés, l’explosion ayant été suivie d’incendies de forêt.
- Des centaines de personnes, parmi les habitants de villages de la région, ont été témoins de la chute de la météorite, a indiqué M. Tchernobrov.
- "Dans la nuit du 24 au 25 septembre, vers 1H47 locales, les gens ont vu une sphère incandescente suivi d’une traînée, qui descendait avec une trajectoire oblique", a-t-il raconté.
- La trajectoire de la météorite a été observée par un satellite espion américain, selon lui.
- Des chercheurs d’or qui travaillaient dans la taïga, coupés du monde et qui n’avaient ni journaux ni radio, ont cru à une attaque nucléaire et à "la fin du monde", a-t-il dit.
- Après l’explosion, dont l’éclair incandescent a bruni la végétation jusqu’à 15 km à la ronde, les habitants ont observé pendant deux semaines un faisceau de luminosité éclairant les nuages par en dessous à la verticale de l’impact.
- La météorite n’a fait a priori aucune victime, la zone touchée étant par chance inhabitée. Une femme âgée a bien été portée disparue dans la région, mais sa disparition n’est apparemment pas liée à la météorite, selon le scientifique.
- Les habitants se sont par contre massivement plaints de douleurs articulaires, de problèmes de tension artérielle et de troubles rénaux pendant deux mois après l’événement.
- Et selon le chef de l’expédition "les animaux ont totalement déserté la zone, et seuls des ours, exclusivement des jeunes, sont revenus en évitant toutefois soigneusement l’épicentre".
- M. Tchernobrov a indiqué qu’une hausse de la radioactivité avait été enregistrée dans la zone après la chute de la météorite.
- Selon lui, il ne s’agit d’ailleurs "probablement pas à proprement parler d’une météorite, mais d’un corps céleste de nature pour l’instant inconnue", tout comme la "météorite de Toungouz" tombée dans la même région en 1908.
- Cette dernière, supposée avoir été en fait un fragment de comète, dont l’explosion à quelques kilomètres d’altitude avait déraciné les arbres dans un rayon de 100 kilomètres, n’avait été localisée à l’époque que 12 ans après sa chute
voir La suite de cette histoire ici (Le cataclysme de Toungouska)
[*A suivre ....*]
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06.10.2004
Le plus vaste champ de cratères au monde
Une équipe de chercheurs français et égyptiens ont utilisé des images satellite radar pour étudier le sous sol des régions arides. Ils ont découvert des dizaines de structures circulaires regroupées dans une région de plus de 5000 km2 du désert égyptien. D’après les recherches sur le terrain, au moins 13 de ces structures sont des cratères de météorites. Mais en tout c’est une centaine d’impacts probables, dont le diamètre varie de 20 mètres à 2 km, qui ont été recensés.

- Landsat-7 satellite image of the impact crater field
- copyright CRAS/ ELsevier
Ce champ de cratères à vraisemblablement été créé suite à la fragmentation de plusieurs météorites de grande taille il y a moins de 50 millions d’années. Les météorites se seraient fragmentés lors de leur entrée dans l’atmosphère terrestre, et les fragments se seraient éloignés pour couvrir une zone de 5000 km2. Il s’agit du plus grand champ de cratères connu à ce jour. Son plus grand rival, situé en argentine, ne couvre que 60 km2

- Location of the Gilf Kebir impact crater field in Egypt.
Using orbital imaging radar, we have detected a large number of circular structures in the south-western Egyptian desert, covering more than 4500 km2 close to the Gilf Kebir plateau. Fieldwork confirmed that it is a new impact crater field, containing tens of craters from 20 m to 1 km in diameter. Considering the extension of the crater field, it was possibly created by several meteorites which broke up when entering the atmosphere.
(il n’existe que neuf autres champs de ce type sur Terre.)
Le plus grand champ de cratères d’impact de météorites du monde : une centaine de cratères éparpillés sur 5.000 km2 dans le désert égyptien, dans un sublime décor de dunes de sable ... Telle est la découverte annoncée par l’équipe de Philippe Paillou, planétologue au CNRS, à paraître dans les comptes-rendus Géoscience de l’Académie des Sciences. Spécialiste de l’application de la technologie radar à l’étude des planètes, Philippe Paillou s’est servi des images radars du désert prises par satellites pour repérer les structures circulaires témoignant d’un très vieil impact météoritique.
Après avoir découvert deux de ces cratères appelés astroblèmes dans le désert du Sahara, Paillou a poursuivi ses recherches avec une équipe franco-égyptienne dans le sud-ouest du désert égyptien. C’est là, sur le plateau du Gilf Kebir, que les chercheurs ont découvert le premier cratère d’impact. Le début d’une longue série : l’équipe a pu en identifier treize mais estime qu’il y en a une centaine, leur diamètre variant de 0,5 à 2 km, rapporte le Journal du CNRS du mois d’octobre.

- View from inside of crater GKCF13 of diameter 950m
- (copyright CRAS/ ELsevier).
Un astroblème se reconnaît par la structure circulaire laissée par l’impact ; par la présence d’un ‘’dessin’’ particulier dans la roche, les cônes rocheux créés par l’onde de choc ; enfin des analyses en laboratoire peuvent révéler la présence de grains de quartz choqués dans les roches.
Pour expliquer la création d’un champ de cratères aussi étendu, Philippe Paillou imagine que plusieurs astéroïdes ont pu se fragmenter en entrant dans l’atmosphère et provoquer cette ‘’pluie’’ au-dessus du désert égyptien.

- EGYPTE
Une nouvelle expédition doit être menée à la fin de l’année pour confirmer l’ampleur de la découverte.
en particulier pour analyser les cratères de plus petite taille, qui pourraient encore contenir des débris de météorites dont la nature reste à déterminer"

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